La Faïence de Bordeaux au XVIII° siècle

Jacques Hustin, Boyer, Jules Vieillard et Cie au XVIII°

A peu près en même temps que STRASBOURG, mais en retard par rapport aux principaux centres français comme ROUEN, NEVERS, LYON, MOUTPELIER, MOUSTIER ou MARSEILLE, BORDEAUX devient à son tour, dans les premières années du XVIII° siècle, un centre faïencier important. La capitale de la GUYENNE est même la première ville du SUD-OUEST à posséder un atelier de céramique.

Les Faïenceries de Bordeaux

Au départ, un certain jacques FAUTIER vraisemblablement originaire de Nevers, crée une petite faïencerie entre 1708 et 1710 ; les quelques ouvriers qui travaillent avec lui et dont, grâces aux archives, le nom nous est conservé, sont également nivernais.
En 1711, manquant des fonds nécessaires à la marche de sa fabrique, FAUTIER s’adresse au directeur de la Monnaie à Bordeaux, Bernard de la MOLIERE, qui le met en rapport avec Jacques HUSTIN, directeur et trésorier de la Marine. Tous deux décident alors de s’associer.
D’après leur contrat d’association «pour la continuation du nouvel établissement d’une manufacture de faïence dans la ville de Bordeaux», HUSTIN prend à sa charge toutes les dépenses nécessaires à l’installation de la manufacture, tandis que FAUTIER, véritable « maître faïencier » et homme de l’art, apporte les ustensiles, les outils et les terres. L’un HUSTIN, se charge de la direction et de l’administration ; l’autre, FAUTIER, de la fabrication. Les bénéfices doivent être partagés de moitié.

A peine associé avec FAUTIER, HUSTIN songeant à établie sa faïencerie sur un grand pied, achète un vaste terrain situé dans le faubourg Saint-Seurin (le long de l’actuel cours Verdun), et s’associe avec Bernard de la MOLERE qui avait tout d’abord commandité l’affaire.
Deux mois plus tard, le contrat entre HUSTIN et FAUTIER est dissout et FAUTIER quitte la faïencerie.
HUSTIN, resté seul directeur de la manufacture, règnera jusqu’à sa mort ? EN 1749, sur la faïencerie bordelaise, quoique n’ayant aucune origine bordelaise.

Il est né à Douai, où son père Robert HUSTIN est fabricant d’étoffes ; il s’est marié à Lille en 1695 et son premier enfant, un fils qui sera son successeur à la manufacture, Jacques-Denis FERDINAND naît également à Douai en 1696.
Jacques HUSTIN arrive seulement à Bordeaux dans les toutes premières années du XVIII° siècle comme « directeur et trésorier des vivres de la Marine ».

Après le départ de FAUTIER, HUSTIN s’occupe activement de la construction de la nouvelle manufacture qui commence à fonctionner dès 1774 ; la même année, par l’entremise de l’intendant de Bordeaux, LAMOIGNON DE COURSON, HUSTIN fait remettre un placet au contrôleur général des Finances pour l’obtention d’un privilège de 12 ou 15 ans.
Les lettres délivrées à HUSTIN pour lui accorder un privilège de 15 ans sont enregistrées en juin 1715, la fabrique HUSTIN est le seul fabricant, non seulement à Bordeaux, mais encore, autour de Bordeaux, puisqu’il obtient la fermeture des différents ateliers dans un rayon de dix lieues autour de la ville ; les potiers de Créon, de Sadirac, de Lignan, de Fronsac et d’Eysines sont obligés d’interrompre la production de la « vaisselle et de la poterie en couleur de café », que l’on appelle couramment « culs noirs ».
Les lettres patentes de 1774 sont prorogées en 1728 puis en 1752 et le privilège n’arrivera à expiration qu’en 1762. Jusqu’à cette date il n’y aura donc qu’un fabricant à Bordeaux.

Très vite, Bernard de la MOLERE, personnage important à Bordeaux où il est directeur de la Monnaie, se retire ; il est appelé à d’autres fonctions à Paris en 1715, quoique HUSTIN le tienne au courant de la marche des affaires par un envoi de lettres quasi quotidien, Bernard de la MOLERE se plaint des irrégularités de comptes et son associé et après un retour momentané de la MOLERE à Bordeaux en 1720, retour qui met fin à leur correspondance, un procès oppose les associés qui se séparent.
La correspondance de HUSTIN, couvre donc les cinq premières années de fonctionnement de la manufacture, elle est riche en détails révélateurs : choix des ouvriers, qualité de la production, difficulté diverses venant des essais plus ou moins fructueux, des querelles de personnel, etc. En outre elle éclaire la personnalité de HUSTIN, homme d’affaires et administrateur, souvent soucieux de rendement comme de belle qualité, mais aussi négociant de la céramique plutôt que technicien.

A LA MORT DE Jacques HUSTIN en 1749, son fils Jacques-Ferdinand prend la direction de la manufacture et, lorsque à son tour, il meurt en 1778, c’est sa femme Victoire EYNAUD, surnommée « l’Américaine », à cause de ses origines créoles, qui, secondée par un ouvrier du nom de MONSAU, maintient l’activité de la faïencerie jusqu’en 1783, date à laquelle elle la vend avec tous les emplacements qui en dépendent.
Depuis quelques temps déjà, la manufacture connaît une phase critique, surtout depuis 1762, date d’expiration du privilège de HUSTIN. Dès ce moment, des faïenciers ayant travaillé chez HUSTIN, pour la plupart, créent de nouvelles manufactures, ce sont tout d’abord Jean ROBERT, un des plus anciens ouvriers de HUSTIN, puis ses successeurs, Guillaume DESBATS et Jean-Baptiste LETOURNEAU, originaire de Nevers, qui s’installent dans le fond du Faubourg Saint-Seurin, cette poterie se maintiendra avec la production sans doute assez grossière et utilitaire jusque vers 1858.
En 1765, Charles Antoine BOYER, né à Montpelier en 1725, ouvrier chez HUSTIN, depuis 1748 et Jean BARDOT, son commanditaire, s’installent dans le faubourg Saint-Seurin : faïencerie relativement, importante qui fonctionnera jusque vers 1848 ; Une troisième fabrique est celle de Louis ROUGE, établie en 1767. Dix ans plus tard, le fils aîné de Louis ROUGE. Jean-Louis ROUGE, crée encore une manufacture, chemin du Médoc.

Faïence de Bordeaux :  jardinière de BOYER

jardiniere en faience de bordeaux XVIIIe siecle

Jardinière en faïence de bordeaux XVIIIe siècles

En 1771, dans le faubourg de Sainte-Bulalie, Claude CLERISSY et Jacques VIDAL, peintres en faïence, tous deux originaires de Montpellier, font construire une faïencerie qui n’a qu’une n’a qu’une vie éphémère. Enfin, on peut encore citer, établie en 1786, dans la paroisse de Cenon, non loin de Bordeaux, la petite faïencerie du Cypressat.
Etant donné la personnalité énergique et efficace de HUSTIN, obtenant le privilège royal de fabrication, et partant, l’importance qu’il donne à sa faïencerie (entre 1712 et 1715, 400 000 pièces sont fabriquées), parler de faïence de Bordeaux, durant sa grande période du moins, revient à ne parler que de la fabrique de HUSTIN.

Une manufacture que recouvre un privilège royal, donc très exclusivement protégée, s’oppose au système corporatif : l’obtention d’un monopole de fabrication, excellent sur un plan strictement local et économique, présente en revanche l’inconvénient d’anéantir l’émulation artistique. Le risque à courir est une certaine forme d’enlisement dans la routine.
Il s’agit là d’un fait important car il justifie en partie les caractéristiques du style bordelais, Bordeaux ne produira jamais du petit feu et les plus belles pièces bordelaises se situent très vraisemblablement dans les trente premières années de fonctionnement de la manufacture.
Quand ensuite, le privilège arrive à expiration, il est trop tard pour que de nouvelles installations vraiment importantes de fassent, on touche très vite à la période de décadence et de désaffection de la faïence stannifère, que détrônent peu à peu la porcelaine puis la faïence fine…

Le style bordelais

S’agissant d’un centre secondaire, en tous cas, né après les plus importants, ayant tout d’abord recruté du personnel qui venait de Nevers ou de Montpellier, Bordeaux engendre son style à partir de l’imitation des grands décors créés dans les centres prestigieux. De Moustiers viennent le style BERAIN et les grotesques qui eurent tant de succès que l’on en fabriquera dans tout le Midi de la France ; de Rouen, le décor au lambrequin et de Montpellier, toutes les variantes du bouquet naturaliste.
Ces influences diverses interprétées avec plus ou moins de fidélité ou de fantaisie, se combinent et s’entrecroisent, donnant ainsi naissance à un style plein de charme mais parfois difficile à cerner, et d’autant plus que les pièces bordelaises ne sont pas signées. Jusqu’à présent, cinq pièces seulement échappent à l’anonymat, encore s’agit-il de pièces d’une importance un peu exceptionnelle comme le cadran de la grande horloge de la Bourse qui porte l’inscription « fait à la Manufacture royale de M.HUSTIN E. 1750 » ; un grand plat à motif central d’armoiries, encadrées de personnages allégoriques, portant à son verso le mot BORDAUX en lettres bleues. Ce plat, qui passa dans une vente à Paris en 1923, peut- être rattaché à la grande période HUSTIN, antérieure à 1750 ; un bénitier et une gourde, signés l’un « F.P.MONSAU », l’autre « fait par Monsau 1783 » : MONSAU, un des derniers ouvriers de HUSTIN, celui-là même qui aida Mme HUSTIN dans la gestion de la manufacture, après la mort de son mari. Et, enfin, un pot à tabac du Musée national de Sèvres dont l’inscription « Man- de Fayance de Boyer à ST-SERIN » permet de cerner un nouveau type de décor, différent de celui de HUSTIN.

Faïence de Bordeaux : pots d’apothicaires

pot a onguent suppuratif faience de bordeaux

Pot à onguent suppuratif faïence de bordeaux

pot a onguent de styrax faience de bordeaux

Pot à onguent de styrax faïence de bordeaux

Beaucoup de pots d’apothicaires furent fabriqués chez HUSTIN et chez BOYER, le musée des Arts décoratifs en possède une belle collection ainsi que les hospices de Bordeaux et l’hôpital Saint-Eutrope de DAX. Ces ensembles offrent un grand choix de pots couverts, de forme balustre, dits «albarelles», ou droite, dits « canon ». Les pots albarelles eux-mêmes sont de deux types, ceux que l’on peut considérer comme les premiers fabriqués, présentent une forme plus étranglée au col et au pied et sont décorées en bleu d’angelots encadrant une corbeille fleurie très rouennaise.

La polychromie apparaît un peu plus tard en grandes guirlandes fleuries et très touffues sur des pots plus lourds.

Enfin, il faut citer la diversité et la richesse de décors des pots de monstre, les uns portant des inscriptions de panacées et d’amples anses en serpents torsadés, les autres, importants balustres néo-classiques, purement ornementaux et dépourvus d’étiquette ; sans oublier les gros pots à tabac de BOYER dont le contenu faisait alors partie des remèdes.
La diversité de formes et de décors, relevés parmi ces pots d’apothicairerie prouve que les manufactures bordelaises s’en étaient fait une spécialité pour la région. Il semble que la production bordelaise se soit surtout cantonnée à ce type de fabrication avec celle des grands services de table. En revanche, les pièces de forme ou purement décoratives sont assez rares : nous ne connaissons ni figurine, ni trompe-l’œil, ni grand surtout de table, ni plaque ni plateau décoratif comme à Moustiers, pas plus que les brûle-parfums ou pots pourris qui firent pourtant fureur au XVII° siècle. Quand les pièces de forme existent, elles ont toujours un caractère résolument utilitaire, depuis les grosses terrines en canard blanc du musée de Sèvres, jusqu’à l’innombrable porte-montre, fleuriers, rafraîchissoirs. Ces derniers sont pour les bouteilles, de grandes pièces généreuses et accueillantes avec des anses en forme de mascarons au façonnage très arrondi presque un peu grossier, tandis que pour les verres, ce sont des petits pots droits analogues aux pots à olive de Moustiers avec une encoche, en bordura pour recevoir la jambe du verre.

Une voyageuse allemande, Sophie de la ROCHE, ayant séjourné à Bordeaux en 1785, note cette habitude typiquement bordelaise qui consiste à placer devant chaque convive « un petit vase de faïence contenant de l’eau et dans lequel est couché le verre. Dès que l’on a soif, on demande à boire aux serviteurs… aussitôt en vide son verre et on le remet dans le vase ». Plus que de rafraîchissoir, il s’agit donc de rince-verre.
Une des plus belles et des plus importantes pièces de forme du Musée des Arts décoratifs est une grande fontaine de table, représentant un jeune Bacchus tenant une coupe, assis sur un tonnelet couvert de pampres, portés par quatre dauphins bondissants, au corps jaspé. Une grande harmonie de proportions règne entre les différents éléments du groupe. Harmonie renforcée par la suavité de la palette du grand feu typiquement bordelaise : un mauve et un vert très doux et de l’orange foncé.

Bordeaux, nous l’avons déjà dit, n’a pas expérimenté le petit feu, ce qui exclut le rouge, le vert émeraude et l’éclat des coloris que l’on peut admirer à Strasbourg, Niderviller, Aprey ou Marseille et qui ont achevé de faire de la faïence une matière aussi parfaite que la porcelaine. La palette bordelaise est restreinte : du mauve, du bleu, un vert clair et doux, un jaune un peu pâteux, un orange foncé… Et très rarement, quelques tentatives, le plus souvent bouillonnés, de rouge de fer comme à Rouen.

Il existe pourtant au musée de Sèvres une magnifique exception : il s’agit d’une assiette à armoiries à l’émail impeccable présentant un décor d’inspiration rouennaise rehaussé de rouge de fer. Ici, la qualité de l’émail, la parfaite réussite de la cuisson et des couleurs bouleversent des notions que l’on peut voir en envisageant l’ensemble de la production bordelaise. Cette assiette dont l’origine n’est pas douteuse apporte la preuve que des essais, peut-être faits au temps de RONTE, l’habile ouvrier flamand on pu être miraculeusement concluants. HUSTIN, parle dans sa correspondance en janvier 1717, de l’installation par RONTE d’un « petit four » permettant une cuisson moins violente que celle du grand four. On peut ainsi penser que cette pièce aurait subi deux fois la passage du feu, une fois pour l’émail dans le grand four, une seconde fois, au jeu de moufle pour le rouge de fer, ce qui expliquerait sa qualité. Malheureusement, deux mois après l’arrivée du petit four, RONTE, qui n’avait jamais été accepté par les autres ouvriers, étant pris de boisson, tombe dans sa cheminée accident exemplaire pour un céramiste. Il meurt et avec lui s’arrête apparemment toute tentative d’amélioration des techniques de cuisson.

Le meilleur moment de la production de HUSTIN se situe aux alentours de 1730. C’est de cette période que datent les beaux services fabriqués pour le couvent des Chartreux, ces services au cartus déjà plusieurs fois cités puisque ce sont des rares pièces à l’origine bordelaise indiscutable.
Elles offrent toutes en leur milieu, telle une signature, l’inscription en capitales ou en anglaise, CARTUS BURDING, pour Cartusia Burdigalensis, la Chartreuse bordelaise, accompagnant et soulignant les armoiries des fondateurs de la Chartreuse ; à gauche, celles du cardinal archevêque de Bordeaux, François de SOURDIS, à droite celles des GASQ, famille de hauts magistrats. Disposées de façon variée et, assorties à l’aide à l’aide de plusieurs types de décorations ces armoiries sont toujours présentes. Sur le plus riche et peut-être le plus ancien de ces services, les armoiries sont enserrées dans un réseau extrêmement touffu et complexe de rinceaux et de dentelles occupant tout le fond de l’assiette et se développent à partir de quatre figures féminines et de quatre corbeilles fleuries, analogues à celles des pots d’apothicairerie décorés en bleu-et-blanc.

Sur un autre modèle, plus dépouillé, ces armoiries timbrées d’une couronne de marquis, sont encadrées d’angelots assis sur des consoles portant les attributs des familles fondatrices, ce sont à gauche du côté des armes des SOURDIS : la croix pastorale, le chapeau cardinalice et le camail tandis que, à droite, la main de justice, la toque et le manteau d’hermine rappellent que les GASCO sont des magistrats.
La décoration de l’aile, particulièrement soignée est bienvenue présente une suite de têtes féminines, coiffées de corbeilles et encadrées de motifs quadrillés et de rinceaux se prolongeant en éléments plus naturalistes : œillets pointus, fleurs en grappes et insectes, ainsi que trois monogrammes couronnés, non identifiés mais désignant peut-être des donateurs ou des prieurs. Enfin, dans les bas du plat, telle une signature, les propres armoiries de HUSTIN.

Plat faïence de Bordeaux

Plat faïence de Bordeaux restauré

Par leur palette limitée et très particulière, la qualité de leur émail et les éléments de leur décor, les pièces au cartus permettent de définir un véritable style bordelais ; les assiettes comme les différentes formes de plats, allongés ou circulaires, raviers, jattes carrées, légumiers à couvercle, rafraîchissoirs à bouteilles et rince-verres individuels valent, par leur ampleur généreuse et épaisse dont le caractère de rusticité est renforcé par la couleur de l’émail, légèrement grisâtre ou bleuâtre, dans le meilleur des cas, car bon nombre des pièces sont «trésaillées». La polychromie a des tons très assourdis : mauve pâle, bleu un peu délavé, vert jaune très doux, jaune orangé plus soutenu.
Quant à la décoration, elle offre un mélange assez savoureux ; du répertoire savant et raffiné inspiré par le décor BERAIN de Moustier viennent les têtes féminines, coiffées de corbeilles et encadrées de rinceaux, les cartouches et les consoles à croisillons, les angelots porteurs de trophées. Elément un peu élaborés auxquels se mêle, avec un naturel plein de charme, un décor champêtre et de naïves fleurettes bleues aux pétales arrondis comme des myosotis et en fleurs en grappes, sans oublier le merveilleux œillet déchiqueté et exubérant, ouvert comme un éventail, cœur orangé, pétales bleutés, empanachés d’un léger feuillage ; autour de cette flore à peine stylisée viennent voleter de façon familière de grands insectes aux fines pattes en crochet.

Ce naturalisme d’inspiration montpelliéraine qui fait une première apparition sur l’aile des services du cartus va se développer et s’épanouir dans le décor dit «à la rose manganèse» qui existe, lui aussi, avec plusieurs variantes et est incontestablement une autre réussite de la faïence bordelaise à son apogée. Plus tard, ce bouquet se transformera et se simplifiera jusqu’à se réduire parfois à une seule fleur, rose, œillet, ou tulipe, mais il restera jusqu’à la fin du siècle, le décor le plus populaire et le plus répandu de la production bordelaise.
La production de la fin du siècle et notamment celle de BOYER réserve encore d’agréables surprises ainsi que le confirme le beau pot à tabac de Virginie décoré de turc fumeurs ou encore, entre autres et avec toutes sortes de variantes, le décor « à l’oiseau » : il s’agit essentiellement d’assiettes un peu lourdes et rustiques mais d’un grand charme, décoratif qui nous montre, entouré à l’aile de trois ou quatre feuilles de fougères stylisées, un gros oiseau au jabot renflé et au plumage tricolore, posé en dépit des lois de la pesanteur, sur une frêle tige de myosotis . Dans l’ensemble, cette production de la fin du siècle est très abâtardie, reconnaissable à son décor hâtivement traité et stéréotypé ; le bouquet à la rose à force d’être multiplié devient chétif et banal, maladroitement noirci par un trait manganèse trop foncé ; tandis que le bel œillet déchiqueté se mue en une sorte d’éventail au dessin mou et rapide et que les renoncules, les jacinthes et les grandes tulipes épanouies, animées d’insectes et de papillons, sont abandonnées au profit d’une flore stylisée en roue de charrette, accompagnée d’un feuillage au tracé sec, arabesque décorative et non plus évocation d’un bouquet champêtre.

Le changement

Les faïences bordelaise de la fin du XVIII° siècle et du début de XIX° siècle ont un caractère très populaire ; elles semblent mieux faites pour décorer de rustiques dressoirs ou encore, support de propagande, tour à tour royaliste et impériale, pour être apportées dans les campagnes reculées par les colporteurs plutôt que destinées aux salles à manger bourgeoise.

Il semble que désormais les faïenciers ne s’adressent par exactement au même type de clientèle. A la fin du siècle, les grands bourgeois fortunés qui commandaient leur service à HUSTIN se tournent de préférence vers la porcelaine dure, c’est-à-dire kaolinique enfin mise au point et dont dans toute la France. A bordeaux même, d’avisés marchands détaillants, les VERMEUIILH, le comprennent bien, qui ouvre en 1781, une manufacture de porcelaine dans le quartier de Paludate, manufacture qui fonctionnera environ une dizaine d’années. Par ailleurs, « la faïence fine à l’imitation de l’Angleterre » connaît un succès croissant et plus encore la faïence fine directement importée d’Angleterre et dont le travail de Vergennes, en 1786, autorise la libre entrée à cet égard en France.

Il est symptomatique à cet égard que les armoiries d’une personnalité bordelaise de la fin du XVIII° siècle, le Cardinal CHAMPION DE CICE, archevêque de Bordeaux en 1781, se retrouvent précisément sur un service en faïence fine crème, commandé en Angleterre.
Bordeaux, à son tour, au XIX° siècle, verra naître et s’épanouir cette nouvelle matière céramique : ma faïence fine. Mais une fois de plus, et comme pour la faïence stannifère, cette découverte se fera ici plus tard qu’ailleurs c’est-à-dire à Chantilly, Creil, Sèvres, Val-sous-Meudon, Choisy-le-Roi, et grâce à un homme venu comme HUSTIN d’une autre ville. Il s’agit de l’Agenais, le chevalier BOUDON DE SAINT AMANS, un céramiste de génie épris de la production anglaise.

Vaisselle de bordeaux faience de bordeaux

Vaisselle de bordeaux faïence de bordeaux

plat au cartus manufacture jacques hustin XVIIIe siecle

Plat au Cartus manufacture Jacques Hustin XVIIIe siècle

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