PORCELAINE DE VINCENNES A SEVRES

La manufacture de Vincennes créée en 1740 est une manufacture de porcelaine tendre.

L’OR UN PRIVILEGE ROYAL

Porcelaine de Vincennes

Porcelaine de Vincennes

Porcelaine de Vincennes: la manufacture de Vincennes a dès son origine une réputation bien établie. En effet, devenue « « Manufacture Royale de Porcelaine de France », elle a bénéficié de la plus haute protection possible, celle du pouvoir. Elle était appelée à un grand destin puisque, transférée ensuite à Sèvres, elle deviendra notre première manufacture nationale, après avoir été tour à tour royale, impériale…
Les débuts de la porcelaine de Vincennes semblent bien modestes. On les place, en général en 1738, mais en réalité cette date de fondation est difficile à fixer, comme souvent en pareil cas : elle peut osciller entre 1738 et 1740.

Porcelaine de Vincennes

Porcelaine de Vincennes

ORIGINE de la porcelaine de Vincennes

Il s’agit à l’origine de deux aventuriers ruinés-semble-t-il- les frères Dubois, Robert et Gilles. C’étaient des ouvriers en céramique, transfuges de la fabrique Chicaneau de Saint-Cloud, et également de celle de Cicaire Cirou de Chantilly. Etrange coïncidence, ils se disent possesseurs de secrets de fabrication de la porcelaine tendre.
C’est alors qu’interviennent des gens en place, Orry de Ignori contrôleur général des finances du royaume et son frère Orry de Fulvi. Ces puissants personnages sont soucieux de contrecarrer la concurrence de la porcelaine non seulement de la Chine mais aussi désormais de la Saxe où l’Allemand Böettger a découvert le secret de la véritable porcelaine dure au Kaolin-menaçante pour l’économie du pays en raison de la fuite des devises qu’elle entraîne. Ils veulent donc développer l’industrie proprement française ; c’est pourquoi ils décident d’aider les Dubois en leur procurant à l fois des subsides-une avance de 10 000 livres et un local : atelier et logement au château de Vincennes. Ils y furent sous la protection de son gouverneur, le Marquis du Châtelet qui les installa aux abords du Pavillon de la Reine et les logea dans la Tour du Diable, ancienne prison du XVI° siècle, entre la Tour du Gouverneur et la tour du Réservoir, côté du Cours des Maréchaux.
Les frères Dubois, incapables de réussir, disparurent bientôt de l’histoire de Vincennes, en 1741, date à laquelle arrivent François Gravant, un curieux épicier de Chantilly lui-aussi-ancien faïencier cependant’ et un certain Charles Adam, non moins curieux personnages, valet de chambre d’Orry de Fulvi, ainsi qu’on l’a découvert …

Porcelaine de Vincennes

Porcelaine de Vincennes

SECRET DE LA PÂTE TENDRE

C’est Gravant qui fournit le secret de la pâte tendre, secret qu’il monnaya bien entendu et dont il tira d’autres avantages financiers tels que pourcentage sur les ventes et même rente viagère. Quant à la formule de l’or, si employée à Vincennes, elle fut apportée pas un religieux, un carme…

MARQUE AUX DEUX L.

Malgré ces débuts fort tâtonnants avec un personnel plus que réduit ( un puis deux ouvriers à l’époque !) Vincennes va bénéficier d’une suite de d’incroyables privilèges et faveurs ; c’est d’abord dès 1741, le titre de Manufacture Royale, bien que encore pratiquement inexistante, avec autorisation – soi-disant – d’employer sur les pièces la marque royale avec les deux L. entrelacés (en réalité cette marque ne sera officielle qu’en 1753).

EMPLOI DE L’OR

C’est ensuite en juillet 1745 et pour vingt ans l’octroi à Gravant et à Adam par le conseil d’Etat, du privilège de faire de la porcelaine « façon de saxe », l’exclusivité de l’emploi de l’or, et le droit de faire des figures de personnages et des animaux. En 1749, elle obtenait une nouvelle exclusivité : la fabrication des fleurs de porcelaine.
En 1752, un nouveau privilège est octroyé, révoquant celui de 1745 ; Une société est constituée au nom d’Eloi Brichard, prête-nom dans les coulisses, du roi Louis XV lui-même, stimulé par son égérie Madame de Pompadour, protectrice des arts. Vincennes méritait ainsi son titre de manufacture royale de porcelaine.
Déjà, depuis 1749, elle bénéficie d’une publicité royale, destinée à favoriser les ventes, une exposition des produits de la manufacture étant faite dans les appartements royaux de Versailles. Une façon de forcer la main, en quelque sorte, à tous ceux qui voulaient rester bien en cour…
A ce propos il est peut-être permis de rappeler une anecdote que conte avec humour Philippe Chapu ans son étude de « Vincennes-Sèvres » : « Au milieu de la foule qui se pressaient à ces manifestations, les larcins étaient nombreux malgré la surveillance des employés de la manufacture, et les auteurs n’en étaient pas toujours des pauvres gens sans aveu. On vit tel seigneur voler ainsi que tasse : le roi le vit aussi et, non sans ironie, lui fit remettre le lendemain la soucoupe avec la note à payer…»

Porcelaine de Vincennes

Porcelaine de Vincennes

LA NAISSANCE DU STYLE FRANÇAIS

Dès 1748, sous l’influence de Bachelier, habile peintre, la production de Vincennes va se dégager des influences étrangères et laisser apparaître progressivement le goût français dans son originalité.
Les fleurs conservent parfois leur allure germanique-fleurs fines connues sous le nom de « deutsche blumen »mais sont le plus souvent peintes au naturel, en couleurs claires et légères. La décoration évolue sans cesse et du simple semis floral jeté sur la pièce, on passe à de petites scènes animées d’enfants, d’amours joufflus, dont le modèle est généralement emprunté à Boucher, peintre de la femme été de l’amour. Ces scènes peuvent être polychromes se détachant sur un fond de couleur ou traitées en camaïeu. Cependant les chairs du visage, des bras ou du corps sont toujours peintes au naturel et dites « chairs colorées ». Le décor prend de plus en plus d’importance et, traité « en plein » va se déployer sur les panses des verseuses ou le fond des présentoirs. Ce e sont plus des scènes de chasse germaniques, ce sont des pastorales, des fêtes galantes dans le goût français : ces musiciens, ces couples, sous les frondaisons de parcs ornées de statues et de fabrique, sont a inspirés de Watteau ou de Lancret que de la Saxe. Les scènes deviennent bientôt autant de petits tableaux polychromes, encadrés de liges et de motifs rocaille, en général dorés ; ces sortes de cartels sont parfaitement typiques de Vincennes.
Le fond des scènes qui est « réservé » en blanc se détache sur l’ensemble de la pièce, ceci d’autant mieux que la surface de celle-ci est teintée ; c’est ce qu’on a appelé « les fonds colorés ». Ils sont très variés et deviennent rapidement une caractéristique de Vincennes avant d’être plus tard une de la production de Sèvres. Selon les résultats obtenus par les chercheurs de la manufacture, la palette de la porcelaine a été complétée au cours des années.

LE BLEU DE VINCENNES-SEVRES

C’est ainsi qu’un « bleu lapis » semble être pratiqué d’abord, puis un « bleu céleste » – qui semble être le célèbre bleu turquoise- est découvert en 1753. Ce sera le fameux « bleu de Sèvres »- en réalité de Vincennes- qui sera toujours posé plus subtilement à Vincennes…

LE JAUNE « JONQUILLE »

Il existe également un jaune « jonquille » rare et repris plus tard par Sèvres. En 1756, date du transfert, on utilise un vert, un violet et un gris. Le célèbre « rose Pompadour » si prisé, n’apparaît qu’en 1757 et n’est même appliqué qu’un an plus tard. C’est donc Sèvres, sans contestation possible : et non plus Vincennes qui doit en revendiquer l’honneur.

LES FORMES

Il faut signaler qu’à Vincennes on trouve assez curieusement un nombre très important de pièces de forme et relativement moins de pièces de tables ou de service – assiettes, plateaux- ; la « platerie » (comme on le disait autrefois). La clientèle de cette époque semble surtout attirée par des petites pièces de toutes sortes. Elle se fournissait particulièrement en tasses aux formes et aux noms variés..

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